
L' ART ET L' AMOUR
Le vent d' orage, allant où quelque dieu l' envoie,
s' il rencontre un parterre, y voudrait bien rester :
autour du plus beau lis il s' enroule et tournoie,
et gémit vainement sans pouvoir s' arrêter.
-" demeure, endors ta fougue errante et soucieuse,
endors-la dans mon sein, lui murmure la fleur.
Je suis moins qu' on ne croit fière et silencieuse,
et l' été brûle en moi sous ma froide pâleur.
" ton cruel tournoîment m' épuise et m' hallucine,
et j' y sens tout mon coeur en soupirs s' exhaler...
je suis fidèle ; ô toi, qui n' as pas de racine,
pourquoi m' enlaces-tu si tu dois t' en aller ? " -
-" hélas ! Lui répond-il, je suis une âme en peine,
l' angoisse et le caprice ont même aspect souvent.
Vois-tu ce grand nuage ? Attends que mon haleine
ait donné forme et vie à ce chaos mouvant. " -
-" pars, et reviens, après la pluie et le tonnerre ;
je t' aime et t' attendrai ; ne me fais pas d' adieu,
car nous nous unirons, moi sans quitter la terre,
toi sans quitter le ciel, ce soir même en ce lieu. " -
-" j' y serai, " dit le vent. Sous le fouet qui l' exile
il part, plein d' un regret d' espérance embaumé ;
et la fleur ploie encore et quelque temps vacille,
lente à reconquérir le calme accoutumé.